Julie LANGEOIRE
Orthophoniste, CHU de Rouen
Gwenaëlle LECLERE
Psychologue, Service ORL Pédiatrie, CHU de Rouen & CAMSP Beethoven, Rouen
Du suivi médical à la construction identitaire : expérience d’un groupe de parole chez des adolescents implantés cochléaires.
L’adolescence constitue une période de profonds remaniements psychiques au cours de laquelle les enjeux de construction identitaire occupent une place centrale. Pour les adolescents présentant une surdité sévère à profonde bénéficiant d’un implant cochléaire et évoluant dans un environnement scolaire, familial et social majoritairement entendant, cette élaboration identitaire revêt une complexité particulière. Ces jeunes sont amenés à se situer entre plusieurs appartenances : celle du monde entendant, dans lequel ils sont largement intégrés, et celle du monde sourd, auquel leur histoire et leur parcours de soins les relient. Cette position singulière interroge la notion d’entre-deux identitaire, voire l’émergence d’une identité propre aux personnes implantées cochléaires.
À travers les questions « Qui suis-je ? », « À qui est-ce que je ressemble ? » et « En quoi suis-je différent des autres ? », l’adolescent engage un travail d’identification et de différenciation indispensable à la construction du sentiment de soi. Dans ce contexte, l’appropriation de la surdité, la place accordée à l’implant cochléaire et les modalités de communication avec autrui participent pleinement à cette dynamique psychique.
Afin d’accompagner ces questionnements, nous proposons depuis deux ans, en tant qu’orthophoniste et psychologue, un groupe de parole au CHU de Rouen. Ce groupe réunit régulièrement de jeunes adolescents implantés cochléaires scolarisés en milieu ordinaire, et bien intégrés socialement. Ce dispositif offre un espace contenant et sécurisant, favorisant la libre expression de chacun. La rencontre avec des pairs partageant une expérience comparable contribue à rompre le sentiment d’isolement, renforce le lien d’appartenance et mobilise les capacités d’empathie, de coopération et de reconnaissance mutuelle.
La dynamique groupale devient alors un véritable support d’élaboration psychique. En confrontant leurs expériences, les adolescents peuvent mettre en mots leurs vécus, donner du sens à leurs ressentis et construire progressivement une réflexion commune autour de leur identité, mais aussi de leur rapport au monde. Le groupe favorise ainsi les processus de symbolisation et de liaison entre les expériences individuelles et le collectif, permettant à chacun de penser sa singularité à partir du regard des autres et de trouver une place plus ajustée dans son parcours de développement.
À travers la présentation de notre expérience clinique, transparaît comment la rencontre entre pairs implantés a permis l’émergence de questionnements, de réflexions identitaires et d’un sentiment d’appartenance jusque-là peu conscientisés. Nous espérons que le témoignage enthousiaste de nos jeunes participants pourra montrer l’intérêt de tels dispositifs dans l’accompagnement à long terme des jeunes implantés, au-delà des seuls enjeux audiologiques et langagiers.
BIBLIOGRAPHIE
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